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De Melbourne à Darwin
Episode 2/3 : De Adelaïde à Alice Springs
Suite de l’épisode 1/3 : De Melbourne à Adelaïde
Après ce voyage chronologique, changeons un peu les habitudes pour garder le mémorable de cette seconde portion de voyage. Et ce mémorable, Jacky y a beaucoup contribué à travers ses petits problèmes de santé c’est pourquoi cet article s’intitule :
Jacky n’aime pas l’Outback
Ce bon Jacky, 20 ans d’âge, 270.000 au compteur, 2500$ à l’achat et 2500$ de mieux pour le rendre « homologue » aux critères de sécurité routière. Déjà 4000km de partenariat avec ses blagues lumineuses. Il ne pouvait en rester là.
Pourtant tout commençait bien, malgré la pluie, paradoxe du désert, sur les 300km de bitume reliant Adelaïde à Port Augusta. YeounJun me l'avait précisé : il fallait allé dans les Mac Flinders Ranges, cela en valait la peine et depuis 1 an et demi qu’il avait parcouru l’Australie, il n’était jamais allé en ce lieu de verdure sauvage.
Mon problème, c’est que je n’aime pas faire demi tour, c’est fou ! Même pour une randonnée, je privilégie systématiquement le programme boucle que le programme Return et par rapport à la carte que j’avais sous les yeux ; si nous voulions rejoindre la Stuart Highway vers Alice Springs, nous avions 2 possibilités : soit emprunter une route de 4x4 sur une trentaine de kilomètres, soit accepter un demi tour de 150 km.
Bon beh, Jacky, tu me connais bien maintenant, et je te sens en forme depuis un moment, donc à toi les chaos des routes de terre, mais t’inquiètes pas mon pépère, je vais pas pousser le Sarkozy (petite pédale de droite) à fond les marrons, on va tâcher de soulager tes suspensions neuves de 2nde main…
Bref nous voici au commencement d’une route rose, car de façon surprenante le soleil est obstrué par une sorte de fumée qui n’est pas du brouillard ce qui donne à l’ensemble du paysage vallonné, une teinte rose pastelle du meilleur effet. (Photos à l’appui ofc)
Et c’est parti pour un pilotage, version Sébastien Loeb, qui aurait sa C4 avec une caravane à ramener entière à la ligne d’arrivée. Trous au milieu de la « chaussée », érosion rappelant le trot d’un cheval lorsqu’on ne sait pas se tenir debout sur ses étriers, ravin à gauche, ravin à droite, croisement de 4x4 confiants, dépassement de motos cross enviables, pour que finalement ce léger brouillard se transforme en tempête de sable empêchant toute visibilité sur 10 mètres.
Bon, c’est le moment de faire une pause Pipi… Ouh la vache pas facile d’ouvrir la portière ! Argh ! Pas facile non plus de pisser sans se prendre un vent contraire… Hmmm ça va mieux ! Tiens YeounJun, t’avait remarqué qu’on avait une roue de crevée là ?
« Shit ! »
T’inquiètes mon grand, des années d’expérience dans le domaine, je t'explique la procédure : il suffit d’abord de récupérer la roue de secours, voilà, elle est là en dessous du Van, pas de problème, ensuite… Merde ! qu’est ce tu fous, mets pas le jerrican de pétrole en tant que Warning pour alerter les autres véhicules, je sais bien que c’est rouge, mais ça prend feu ce truc là… Donc je disais ensuite… Ah bravo, là tu viens de crever notre réserve d’eau… Bon c’est pas grave, heureusement qu’on a prévu large… Alors revenons en à la mécanique scientifique ; ensuite donc… euh qu’est ce que je disais ; Ah oui ! tu retires d’abord les 4 boulons, mais pas à fond… voilà comme ça, ensuite tu me files le cric et je te soulève pépère pour changer sa chaussure trouée… Comment ça y a pas de cric ? Merde ! t’as bien fouillé et tout ? Laisse moi voir…
Bon là je crois que y a plus rien dans Jacky et on a pas trouvé de cric, et cette putain de tempête de sable… Beh, y a plus qu’à se jeter sous la prochaine voiture pour qu’elle s’arrête… HEY NON, YeounJun, c’est une image… Ah voilà justement un 4x4.
Hello misters dames, douiou have a cric ? ? ? A cric ? you know ? the stuff to faire go up le Jacky ? Bicoz le Tiger is too raplapla…
Bon on fini par se comprendre et là, ces 2 couples d’octogénaires me regardent me mettre à l’œuvre (Merde pour une fois que je sais faire quelque chose en mécanique), et me félicitent pour mon efficacité, car tout comme nous, ça ne les réjouissait pas plus que ça de camper dans une tempête de sables…
Allez c’est parti, plus que 1 km où je roule à 15 km/h, car j’ai plus de roue de secours et nous voici à une fouche ; mais pas n'importe laquelle : LA fourche.
Non pas celle du diable, mais elle avait tout de même quelque chose de mystique cette fourche. Vous savez, ce genre de fourche où le chemin que vous allez emprunter peut complètement bouleverser le cours de votre vie. Le fameux choix entre le « Oui » et le « Non », le « 1 » et le « O », « le Noir » et le « Blanc » sans possibilité de choisir le gris que j’honore. Bref le choix entre emprunter la voie de gauche sur un bitume de 150 km nous ramenant à port Augusta, ou à contrario, s'engager sur la droite et rejoindre 50km de route de terre qui nous ramèneraient sur la Stuart Hwy.
Donc après 2 minutes à observer cette fourche de la destinée, j’amorce mon virage à droite lorsque YeounJun pris de panique me hurle : « What are you doing Dont (il n'arrive pas à dire Dante, ce qui revient à dire que mon prénom est une éternelle négation anglo-saxonne ! »
Beh, le pneu est changé là non ? donc ça roule ?
Là y a mon YeounJun qui part dans une argumentation musclée en me priant de bien vouloir retourner à Port Augusta, seule ville avant Alice Springs où je pourrais racheter un pneu. Pour le coup, il a pas tort, 1200 bornes dans le désert sans roue de secours, c’est peut être un peu trop ambitieux pour cette fois et je me ravise de mon premier choix pour emprunter la voie de gauche. Comme quoi il faut peut être parfois se laisser influencer même si on n’aime pas ça…
Nous avons finalement rejoint Port Augusta dans l’après midi avec un vent de côté m’obligeant à maintenir le volant à un angle de quasi 90°.
Pneu acheté le lendemain à la première heure dans le premier garage ouvert. 100$ pour un pneu neuf, il n’est pas tout à fait de la même largeur que l’original, mais fera l’affaire en cas de nouvelle crevaison. Ceci étant fait rapidement, nous reprenons la route du désert via la Stuart Highway en tâchant de se tenir loin des sentiers.
Nuit à Cobbers Peddy au milieu des mines d’opale dans un décors où les troglodytes remplacent les habitations habituelles afin de prévenir de la chaleur. Beaucoup d'aborigènes ont élu domicile à Cober Peddy et c'est la dernière véritable cité avec plus de 100 habitants avant Alice Springs.
Après une nuit reposante, direction Uluru au plus vite (environ 700 km à parcourir) ; jusqu’au moment où Jacky m’interpelle par 3 voyants lumineux : l’un désignant l’huile, le second la batterie, et le dernier : un tambour, le tout formant un triangle rappelant les Warnings du code de la route. Bon l’huile, c’est pas ça, je viens d’en remettre une giclée, la batterie, c’est surprenant d’autant qu’on roule, et le tambour, ça veut certainement dire qu’il veut que je lui mette de la musique…
« On the road again, again » me glisse Bernard et je ne m’inquiète plus de ce signal car nous avons eu la même expérience avec Ju et Ben lors de notre escapade à Byron Bay, sans que ce ne soit révélateur d’un quelconque problème majeur outre les feux de route, hors, il fait jour, et mes feux ne sont pas nécessaires.
Tiens je ne peux plus accélérer au delà de 2500 tours, et je suis bloqué à 80 km/h. Bon le mieux c’est de s’arrêter à cette aire qui tombe à point nommé d’autant que c’est l’heure de préparer le diné. Uluru m'a bien attendu pendant des millers d'années; il pourra bien m'attendre un jour de plus.
Jacky s’immobilise à l’endroit désiré, sans que je ne tourne les clés, et YeounJun constate que les warnings officiels interprêtés par les clignotants orangés, se sont automatiquement mis en route lors de l'arrêt. Autant tester tout de suite, je tourne les clés et là : Rien.
"Bon beh, je pense que le moteur a eu un coup de chaud, le mieux c’est de le laisser refroidir cette nuit et demain, ça partira au quart de tour, tu verras…" (YeounJun ne pouvait mettre en doute mes qualités de garagiste suite à mon exploit avec la roue de secours, mais je sentais tout de même un peu de scepticisme dans son « OK »)
Le jour se lève, et nous nous passons de petit déjeuner pour immédiatement essayer la réactivité du moteur sous une impulsion électrique. Moment de suspens, même les oiseaux se sont arrêtés de chanter pour entendre rugir le lion. Allez… à la une, à la deuz, et à la tr… « clic clic clic ». Bah pourquoi il fait « clic clic » ? c’est « vraoum, vraoum » le texte logiquement !
Et merde, on est dans la…
« Shit ! », merci YeounJun…
Bon beh on va faire le seul truc que je sais encore faire en mécanique, on sort les cosses batteries et on demande au groupe d’allemands là bas de rapprocher leur 4x4 pour lancer le bolide.
« Hallo ! Wie gehst ? kannst du mich helfen, mein motor ist kapput ? »
« Was kann ich machen ? »
« Bring deinen car close to mein, und by using deine battery, es should OK sein »
« Euh… OK »
Donc après ce deutschlich parfait, on branche les cosses : rouge sur le + et noir sur le - ; je demande aux oiseaux de fermer leur gueule et de bouffer les mouches plutôt que de glander (Oui, serpents, araignées, crocos, et autres ne sont rien en comparaison de ces mouches qui vont jusqu'à vous rentrer dans les narines, oreilles ou tout autre orifice que vous auriez manqué de protéger par un vêtement).
Et là, à la une, à la deuze et à la troize « Vraouuuuuum ». Ah bah voilà, c’est comme ça que je le connais ce bon Jacky.
Buddy, tu peux débrancher les cosses ! YeounJun, tu peux monter ! Uluru nous attend !
Et précisément au moment où l’ami germanique retire les cosses, je vois mon Jacky qui perd de la voix, et l’aiguille du nombre de tours qui perd de l’altitude ! « Putain on va se crasher !!!!!! où est le parachute ???? Ô secours !!! ». Merde je suis con, c’est pas un altimètre.
Jacky tousse 2 fois, et ; plus rien…
On retente l’opération 2/3 fois avec l’aide prussienne, pour finalement se résigner et conclure qu’il y a tout un tas d’hypothèses sur ce problème, mais que pour en arrêter une, il va nous falloir un garagiste. Dans tous les cas, le problème est identifié au niveau de la batterie et il nous paraît tout à fait logique de penser qu’avec une nouvelle batterie, beh… ça roulera et plutôt deux fois qu’une…
Faisons un rapide bilan sur la carte : nous sommes à mi-route entre Uluru, but ultime de ce voyage et une station service qui, j’espère, commercialise des batteries neuves. 200 km à l’ouest, 200 km à l’est. De toute évidence, j’ai plus de chance vers l’est, plus de probabilité d’avoir une batterie.
Me voilà donc, à 7h du mat’, au milieu du désert sur le bord d’une route s’étendant d’un horizon à l’autre avec une bouteille remplie d’eau dans ma main gauche, et un pouce tendu vers un ciel sans nuage dans la main droite. De l’autre côté de la route, YeounJun resté près de Jacky me regarde avec inquiétude, il en va de même pour le groupe frontalier qui, malheureusement font route vers Uluru.
Après réflexion, je mettrai le pouce en l’air lorsqu'il y aura un véhicule en vue. Et on ne peut pas dire qu’il y ait foule dans le désert.
Le premier véhicule passant m’ignore, le second change de voie car je me mets au milieu de sa route, et le troisième me fait coucou. Finalement, c’est un Camping car de luxe, habité par un couple de japonais que j’arrive à convaincre de m’emmener jusqu’à la prochaine petrol station.
Ils acceptent et me voilà assis à l’arrière d’un camping car grand luxe, avec ma bouteille d’eau à la main, des perles de sueur malodorantes, et les mains noircies par mes tentatives de compréhension des entrailles de Jacky. Le problème, c’est qu’ils ne parlent pas anglais (pas aussi bien que moi j’entend), et on communique à travers gestes et expressions du visage, ce qui nous oblige à une certaine créativité.
« Merci, Thank you, Merci beaucoup, Thank you very much », nous avons parcouru les 200 bornes à 130km/h et en seul retour, ils me demandent une photo souvenir avec le pilote. Bon ils sont gagnants, mais je suis d’humeur généreuse en ce moment.
Me voici enfin à la pétrol station ; première étape : acheter un paquet de cigarette, deuxième étape : la fumer, troisième étape : aller pisser, quatrième étape : acheter une batterie neuve…
QUOI ! 200$ la batterie ! Quel enculé !
Euh je peux vous la louer ?...
Non. Bon d’accord, ben ce sera carte de crédit pour le coup… et je n’ai aucune garantie que ça fera l’affaire.
Et me revoilà, au milieu de la station service à interpeller chaque personne afin de savoir si elles ne vont pas jusqu'à Uluru. J’ai finalement le droit à toutes les excuses du monde c'est pourquoi je décide de me placer au niveau d’un parking de terre improvisé où je ne raterai pas les voitures ne s’arrêtant pas à cette petrol station située au croisement de Adelaïde, Alice Springs, et Uluru.
Dans la main gauche une bouteille d’eau, dans la main droite un pouce tendue vers un ciel sans nuage, mais avec un soleil déjà
plus brûlant, et une batterie neuve de 15 kg entre des dents cherchant à formuler un sourire encourageant aux véhicules déjà plus nombreux.
Je vais ptet poser la batterie par terre à l’ombre de moi même, ça m’évitera d’avoir de nouveaux frais dentaires ; et finalement un couple australien n’ayant pas résisté à ce sourire charmeur font demi tour quelques mètres plus loin pour m’emmener jusqu’à ma destination.
Coup de pot, ils tournaient quelques mètres plus loin de ma destination vers le Kings Canyon et m’ont très aimablement offert une bière bien fraiche. La loi sur l’alcool au volant est certainement moins applicable dans l’Outback...
Me voilà donc auprès de YeounJun tout sourire de me revoir si vite, et nous nous attelons à remplacer la batterie.
Chut les Oiseaux, une, deuze, troize et « Vraoumm ». ça y est, c’est parti, direction Uluru et je veux plus entendre parler de problème mécanique jusqu’au caillou magique.
Bon y a le Warning qui s’allume et s’éteint par intermittence jusqu’à ce qu’arrivé à une certaine allure, il s’éteigne complètement.
Youhou, c’est réparé ! (Oui, j’aime à croire que la naïveté est une vertue)
Et nous voilà devant la magie d’Uluru. Je n’en parlerai pas là, je vous en
parlerai ultérieurement avec photos à l’appui.
Note lien direct vers le montage vidéo que j'ai enfin réussi à uploader
Je me dis qu’on est bien car les voyants ne sont plus présents, et que, en toute logique, la magie Abo. a aidé à la réparation de Jacky ; nous reprenons donc la route avec le Sunset dans le dos pour rejoindre une aire où nous pourrons bivouaquer.
La nuit tombe sur cette route linéaire et alors commence un jeu entre automobilistes. Je vous explique : ce jeu
s’appelle, « le tank » et le but de ce jeu est de ne pas être en première ligne. Si vous êtes en première ligne ; vous êtes le tank et à vous kangourous, vaches, autruches,
cochons.
Roulant à 60km/h avec les feux en veilleuse pour éviter d’exploser la batterie, un 4x4 très en forme me rattrape rapidement, me dépasse. Si vous avez compris la règle : il devient "Tank" et moi je pousse le Sarkozy (voir plus haut) pour rouler dans son sillage à environ 100km/h. Ces feux et son pare-buffle me sont d’une grande utilité et je sens le Tank vouloir se débarrasser de son fardeau en variant sa vitesse par moment à la baisse m’invitant à le dépasser et par moment à la hausse pour me distancer. Mais je tiens le coup, jusqu’à ce que nous dépassions tous deux une voiture roulant dans les 60 km/h, et qui a bien compris l’intérêt de trouver un tank et qui finalement nous suit à 100km/h.
J’ai un peu de compassion pour le Tank, mais je ne peux pas me permettre de mettre les phares, j’ai encore peur pour la batterie, et c’est finalement un Autocar qui met tout le monde d’accord en dépassant ce troupeau à 120 km/h. Plus difficile de tenir la cadence mais nous nous rattachons tous 3 à lui, tels des morpions ayant trouvé une touffe de poils protectrice.
Finalement Jacky donne des signes de faiblesse et je dois m’arrêter, le pétrole est arrivé au plus bas et je dois remplir le réservoir au Jerrican. Nous sommes contraints d’arrêter le jeu en espérant trouver un nouveau Tank pour le reste de la route à parcourir ; et après avoir donner la bibine à Jacky, je tourne les clés pour constater qu’il toussote mais fini par prendre son élan...
Malheureusement, exploit de courte durée, car je me retrouve dans la même situation que la veille car bien rapidement, je ne peux plus dépasser le 80 km/h, puis le 50, puis le 20 et nous arrivons péniblement jusqu’à une aire où un autre Van a élu domicile.
Comme dans les films en gros, les derniers mètres sont parcouru à 10 km/h pour finalement s’échouer pile sur l’aire de repos !
Il n’y a plus de mystère, c’est le système de chargement de la batterie. Je sais, ça s’appelle l’alternateur, mais ça je ne l’ai appris qu’après…
Le lendemain d’ailleurs, car me revoilà à guetter les véhicules à 7h du mat’ pour trouver une nouvelle solution à ce même problème. Il se trouve que le premier véhicule qui s’arrête est un camion de dépannage. Le gars qui en sort est ce qu’on peut appeler un bargain pure souche. Souvenez vous le film Snatch, et le personnage Mickey, interprété par Brady, vous voyez : le manouche où l’on ne comprend rien quand il parle parce qu’il bouffe tous les mots. Ben pareil, voir pire. En gros j’ai rien compris à part que si je voulais être remorqué c’était 1000$ ! Autant racheter une batterie…
Bref je le laisse filer, me retrouvant dans le pétrin et c’est finalement deux 4x4 équipés jusqu’aux orteils qui me viennent en aide. Deux papys et une mamie (Bob, Ron et Evelyn) aux allures de cow boys écoutent attentivement le problème que j’ai avec Jacky et m’expliquent que c’est mon « alternator » qui est pété.
Eux ils m’ont l’air de s’y connaître, et je leur demande si ils ont une solution, sachant que les 1000$ de dépannage me rebutent un peu, et cela sans compter le coût de la réparation sur place…
Ils se regardent comme pour se consulter intérieurement, et finissent par me dire, que la meilleure solution pour moi est de charger la batterie et d’aller jusqu’à Alice Springs où je trouverai un garagiste à moindre coût.
Oui, OK, mais je la charge comment la batterie… ? Et là, il se trouve que Ron possède un générateur et qu’il est prêt à charger ma batterie.
Putain trop sympa ! On sort donc le générateur, on le branche à la batterie et là ils m’expliquent qu’il faut bien compter une bonne heure. « Wow, et vous êtes prêts à patienter 1 heure pour m’aider, mais c’est génial, je vous offre le café… »
Donc café, discussion sur la guerre du Vietnam... "putain de guerre ! vous l’avez faîtes ? Ouais !" tiens j’apprend
que l’Australie était allée faire des misères là bas. Vu que c’était un moment de partage, je leur montre la cicatrice que je me suis faîte sur un barbelé quand j’étais petit. Pfff ça les
impressionne même pas, ce qu'on peut être blasé, passé un certain âge ! Une belle cicatrice sur mon avant bras droit d'environ 1,5 cm alors qu'au péril de ma vie je tentais de récupérer une balle
de tennis s'étant malencontreusement retrouvée expulsée dans un champ voisin... Non, mais sérieux, ça saignait même ! Donc la guerre, la guerre... je veux bien, mais eux, ils ont même pas été
blessés... Tiens ça m'a tellement écoeuré que j'ai pas eu le coeur de leur montrer ma brûlure au mollet. Tant pis pour eux, nah !
Bref, après cette heure de franche camaraderie militaire, me voilà à tenter de nouveau le démarrage de Jacky.
Piaf, 1, 2, 3, vroum !
Le conseil de Ron est de rouler aussi vite que possible ; comme un missile me précise t-il. Donc me voilà parti à 120 km/h en espérant rejoindre à minima la prochaine petrol station (celle où j’ai acheté la batterie) située à environ 250 km du lieu où nous sommes.
Ron et Bob m’informent qu’ils me suivent et que si je retombe en panne ils s’arrêteront. Ce sont vraiment des crèmes et il se trouve que 80 km plus loin, rebelote, me voilà condamné à m’arrêter. Et le plus ironique c’est que je m’arrête à l’endroit où nous avons été immobilisés 2 jours avant…
Peu de temps après, l’escouade des secours me rejoint, et avant tout, me demande pourquoi je roulais si vite. « Ben vous m’avez dit comme un missile ! j’ai fait le missile quoi ! »
"It was a joke…"
Bon OK, je ferai gaffe, du coup, je propose en première idée d’inverser la batterie de son 4x4 avec la mienne et de permuter en cours de route. C’est à dire, utiliser son alternateur en bon état pour charger des batteries. D’autant qu’il s’agit d’une batterie beaucoup plus large que la mienne, et qu’il en possède 2 pour son 4x4.
OK, ça leur va et 50 km plus loin, nous voilà de nouveau bloqué. A ce rythme là, on est pas arrivé et une idée que j’avais depuis un moment sans oser la proposer fini par arriver sur le tapis : « Et si on mettait le générateur dans le van, directement connecté sur la batterie ».
Moment de réflexion pour tout le monde, et Ron déclare que ça vaut le coup d’essayer.
Nous voilà donc, YeounJun et moi même, fenêtres grandes ouvertes pour évacuer la fumée du générateur à bord d’un véhicule qui nécessite du gazoil pour générer l’électricité suffisante pour un véhicule essence. A ce rythme là, on relance l’économie internationale à nous tout seul et il s’avère que cette technique fonctionne à merveille, car nous atteignons sans problème la petrol station !
Après avoir offert le déjeuner à Evelyn, Ron et Bob, que je remercie encore très chaleureusement et avec qui j’ai gardé un contact mail ; nous voilà avec 200km à parcourir jusqu’à Alice Springs avec une batterie neuve mais totalement déchargée et mon ancienne batterie avec le peu de charge qu’elle a accumulée grâce au générateur.
Ma mission : Convaincre le vendeur de la station que la batterie que je lui ai acheté la veille n’a jamais marché afin la remplacer par une nouvelle car, d’après nos calculs élaborés, une batterie neuve nous permettrait d’atteindre Alice Springs.
Me voilà donc face à ce vendeur d’une cinquantaine d’années, semblant refléter par sa non expression tous les concepts du stoïcisme. Sa réaction est simple : « Tu as choisi cette batterie, tu l’as achetée, je t’ai pas forcée, je peux rien faire pour toi… »
Ah l’enculé ! je lui mets un peu la pression en disant que c’est scandaleux et bla bla bla (le tout dans un anglais où il me manque un peu de vocabulaire) pour que finalement il cherche à éliminer totalement le problème et me disant que si je suis pas content j’ai qu’à voir le manager.
Ça, fallait pas me le dire mon grand. Il est ou ? Quel est son nom ?
Je récupère l’info, traverse la station et demande à la nana de l’accueil de me chercher ce manager (oublié le nom depuis). Je lui explique le problème, toujours en bluffant que sa batterie n’a jamais marché, puis il me demande de lui montrer sur mon véhicule.
OK pas de problème. Nous allons donc vers Jacky dans un silence de mort. Je branche sa nouvelle batterie, je tourne le contact et lui dit : « Voyez, il ne se passe rien » Ce à quoi il me rétorque « ça vient ptet pas de la batterie mais du véhicule ». Pas idiot le dirlo, cependant, je lui fais une démonstration plein d’espoir avec l’ancienne batterie et Ô magie du désert, le moteur se met à ronronner !
Je veille pendant la durée de la démonstration de bloquer Sarko avec mon pied, de peur que le moteur se ratatine et surtout de masquer le warning du tableau de bord.
Quel ne fût pas mon soulagement lorsqu’il me dit « OK, change the battery ». Je me suis alors empressé de couper le contact de peur qu’il ne se coupe tout seul et nous sommes rentrés dans la boutique en essayant de retenir un sourire de vengeance auprès du vendeur qui s’est vu contraint par son boss de nous filer une batterie neuve.
Nous mettons donc la batterie neuve. Merde on a oublié de faire le plein, va falloir revoir Stoïque Man, bon c’est ton tour YeounJun…
Et nous voilà parti à 80 km/h pas plus pour franchir les 200 bornes jusqu’à Alice. Interdiction formelle d’allumer la radio, de klaxonner, de mettre la ventilation et même d’utiliser les clignotants pour que finalement nous arrivions avec un sourire jusqu’aux oreilles jusqu’au Backpacker de Alice.
Ça y est je peux mettre le contact sur « off », on est samedi, et il n’y a pas de garage ouvert avant lundi, mais de toute façon, je peux attendre sans me servir de Jacky.
Samedi soir, les gens boivent parfois trop et j’ai eu la mauvaise expérience de me faire visiter Jacky pendant la nuit. Sans effraction, car j’ai une fenêtre qui ferme mal et il a suffit au visiteur de lever le loquet pour partir en recherche d’alcool ou d’argent. Stupeur le lendemain lorsque j’ai découvert mes vêtements et mes papiers autour de Jacky ainsi qu’une forte odeur d’alcool et de sueur dans Jacky.
Après avoir fait le bilan, il ne manquait rien. A part que depuis peu, j’ai découvert qu’il manquait ma veste Colombia tout terrain que j’avais acheté pour le ski. Sont vraiment mabouls dans le désert !
Finalement, c’est un garage qui m’a été conseillé par plusieurs personnes que je questionne, avec le pti frère de Mickey de Snatch (je comprends rien) comme mécano et le manager représenté par une armoire à glaces aux allures de Chuck Maurice.
J’en profite pour leur demander de checker le problème avec les feux si ça ne coûte pas trop cher.
Bilan : 600$ d’alternator et 5$ de disjoncteur à loupiottes après, me voilà reparti en direction de Darwin avec pour seuls compagnons : Jacky, 10 compacts discs de musique, une bière, 10 litres d’eau et 1500km de désert.
A suivre…
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